La tête lourde, le regard lasse. Son collant noir craquelé par endroit, sa robe en laine grise lui remontant avec subtilité au dessus des genoux. Les mains posées sur le comptoir froid, un verre de tequila aux lèvres elle pense à lui. Elle boit sa première gorgée avec passion et délicatesse. Elle ferme les yeux et peut ainsi mieux apprécier le goût et la chaleur du breuvage dont elle raffole. Certains soir, tequila sur tequila elle se réveille sans réussir à se souvenir de quoi que se soit. Elle devrait arrêter. Elle devrait une fois pour toute sortir de ce rôle de fille traînant les bars.
Elle le sait. Mais elle s'en fiche. En fait peu l'importe à part lui.
Dehors il commence à faire nuit, le vent se lève, une musique ringarde siffle dans ses oreilles. Malgré elle le refrain vient se glisser sur ses lèvres et l'emporte hors d'elle même, hors du temps. Cela fait peu de temps qu'ils se sont quittés et depuis plus rien n'est vraiment comme avant. Ils se connaissent à peine et pourtant elle a cette impression de le connaître depuis toujours. Il lui colle à la peau. Elle n'arrive pas à sens défaire. Elle se souvient de l'ailleur qu'à travers lui. Tout lui manque tellement. Il lui manque.
Son verre à nouveau pleins, elle ferme les yeux et boit sa première gorgée, d'un trait, d'un seul. Cette gorgée qui en sera du même mouvement l'unique comme pour se sortir de son amertume. Elle a mal de se l'avouer, mais elle regrette. Elle regrette de ne pas lui avoir dit. Elle regrette de ne pas s'être risqué. Elle ne souhaite qu'une chose : le revoir.
Le regard dans le vague, la fermeture de son blouson remontée jusqu'au menton, une main à la recherche d'un briquet, l'autre calée dans la poche de son Jeans troué de toute part, une cigarette aux coins des lèvres, il pense à elle. Il ferme les yeux et tire une longue bouffait qui l'irradie tout entier. Une vague de chaleur inonde tout son être. Il ne peut pas s'en passer. Cette nicotine lui colle à la peau, le carbonise, le tue à petit feu, le ronge, le rend esclave.
Il le sait. Mais il s'en fiche. En fait peu l'importe à part elle.
Le jour commence a décliner, le vent se fait de plus en plus violent mais il reste là. Assis sur un vieux tonneau rouillé en bordure du port, un de ces tonneau abandonné dont plus personne ne prête attention. Une mouette se fait entendre au loin, et bientôt une nuée d'oiseaux s'élève au dessus de lui. Cela fait peu de temps qu'ils se sont quitter, après s'être à peine retrouvés. Ils n'avaient que peu partagé. Mais elle fait déjà partit de lui. Elle est en lui. Elle ne peut pas rester qu'un souvenir. Il en est convaincu.
Il allume une deuxième cigarette ferme les yeux et tire longuement sur le filtre a plusieurs reprises comme pour se sortir de sa mélancolie. En expirant de ses poumons cette fumée grisâtre, il se surprend à regretter. Regretter que tout ne se soit limité qu'à de longue discussions. Regretter de n'avoir pas oser. Il est évidant qu'entre eux se joue quelque chose. Ce n'est peut être pas de la séduction, peut être pas du désir mais ça a la force de l'évidence.


